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De « Whatever it takes » à « as long as it takes »

Mario Draghi avait débuté son mandat à la Banque Centrale Européenne (BCE) en juillet 2012 avec ces trois mots devenus célèbres « Whatever it takes », prononcés en juillet 2012 en pleine crise des dettes souveraines européennes. La force des mots et la détermination avec laquelle ils avaient été prononcés avaient stoppé net la spéculation destructrice en cours sur les emprunts d’Etat de la zone euro.

Sept ans plus tard, et à la veille de transmettre le flambeau de la politique monétaire à Christine Largarde, M. Draghi clôture symboliquement son mandat par une anaphore « as long as it takes » qui, comme en 2012, par sa radicalité, n’est pas sans poser des questions. D’ailleurs, la polémique a immédiatement repris avec, fait inédit, un communiqué de presse de la banque centrale néerlandaise critiquant sans nuance la décision de la BCE de jeudi de relancer le programme de rachats d’actifs « QE », en estimant que les mesures prises sont « disproportionnées par rapport à la situation économique actuelle » et qu’«il y a de bonnes raisons de douter de leur efficacité ». Même son de cloche à la Buba par la voix de son président Jens Weidmann.

Il est vrai qu’à ne s’en tenir qu’aux chiffres, la politique de taux négatifs et d’achats d’actifs n’est pas, rétrospectivement, un succès. Malgré, les plus de 2.000 milliards d’euros injectés dans la base monétaire depuis 2015, l’inflation core (c’est-à-dire excluant l’énergie, l’alimentation, l’alcool et le tabac) – indicateur d’inflation privilégié de la BCE – n’a jamais vraiment décollé se situant depuis 2013 autour de 1% (0.9% en août). Malgré les recherches économiques qui indiquent que ce régime d’inflation bas est la conséquence de facteurs structurels (vieillissement de la population, faiblesse de la productivité, mondialisation), la BCE a souhaité apporter une réponse monétaire à un problème qui ne l’est pas.

En s’engageant dans la voie de la chimie monétaire, Mario Draghi a pris le risque de rendre accros les investisseurs et de ne jamais pouvoir sortir de cette politique. C’est d’ailleurs le constat, en creux, que l’on peut faire de sa déclaration de vouloir maintenir ces mesures aussi longtemps que cela sera nécessaire. Ce faisant, le président de la BCE a lié les mains de son successeur par cette politique qui, après avoir vu son échéance régulièrement repoussée, n’en a désormais plus aucune.

La radicalité des mesures annoncées par la BCE jeudi (baisse du taux dépôt de 10 bps à -0.50%, reprise du QE à partir du 1er novembre pour 20 milliards d’euros par mois) a toutefois eu un impact immédiat sur les marchés de taux, avec une remontée des taux longs (+19 bps pour le 10 ans allemand à -0.45%).

Cette décision de la BCE met en outre la pression sur la Fed, qui se réunit à partir de demain et devra trouver les mots pour ne pas relancer la pression haussière sur le dollar.