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Les marchés achètent la "story"

Les marchés financiers, c’est un peu comme les séries américaines. Du suspens et l’obligation de se renouveler de saison en saison en trouvant à chaque fois une nouvelle « story ». La « story » des marchés actuellement, c’est pour résumer : l’économie mondiale montre certes des signes évidents de ralentissement, notamment dans le secteur industriel, mais pas de panique, la situation ne devrait pas tourner à la récession généralisée grâce aux super pouvoirs des banques centrales.

Nous traversons ainsi l’une de ces phases de marché paradoxales où les investisseurs font baisser les actions quand le chômage s’améliore et vice-versa. Loin de l’explication caricaturale des opposants irréversibles au capitalisme qui voient dans ce phénomène une des grandes logiques perverses de l’économie de marché, cette corrélation contre-intuitive s’explique par la crainte qu’un ralentissement économique insuffisant ne conduise les banques centrales à temporiser l’assouplissement de leur politique monétaire.

C’est à l’aide de cette grille de lecture qu’il convient d’interpréter la réaction baissière des indices à la publication globalement positive du rapport sur l’emploi de juin diffusé vendredi. Les créations d’emploi se sont établies à +224K en juin, relativisant ainsi le chiffre décevant de mai (75K révisé à 72K). Le taux de chômage est très légèrement remonté à 3.7% (contre 3.6% en mai), tandis que le salaire horaire maintenait sa dynamique haussière (+3.1% sur un an). Cette publication est de nature à rassurer quant à la résistance à venir de la consommation américaine qui reste la principale composante de la croissance américaine (60% du PIB). A l’inverse, les enquêtes auprès des chefs d’entreprises en juin continuent à montrer une baisse de la dynamique d’activité qui n’est cependant pas dramatique à ce stade. Ainsi, l’ISM manufacturier a poursuivi sa baisse à 51.7 (52.1 en mai) et affiche son niveau le plus faible depuis octobre 2016. Même constat pour l’ISM des services qui, à 55.1, illustre une dynamique qui reste élevée mais toutefois en sensible ralentissement depuis un an (58.7 en juin 2018).

Ralentissement visible, mais sans excès, qui laisse le temps aux banques centrales d’ajuster leur politique. Les investisseurs aiment ce scénario et achètent donc les marchés au moins jusqu’à la prochaine réunion de la FED le 31 juillet. Le président de la FED, Jerome Powell, aura toutefois plusieurs occasions cette semaine de préciser ses intentions, notamment lors de son audition par la Chambre des représentants mercredi, puis devant la commission bancaire du Sénat jeudi.

En zone euro, le constat est globalement le même, même si les investisseurs considèrent que la BCE dispose d’une marge de manœuvre inférieure à la FED, ce que Mario Draghi essaye, à chaque intervention, de contredire en évoquant « des mesures de relance supplémentaires ». L’inquiétude sur la conjoncture au sein de la zone euro  est toutefois supérieure à celle que l’on pourrait avoir concernant les Etats-Unis, compte tenu du manque de visibilité sur la croissance allemande qui tient au fléchissement inquiétant de son secteur industriel. Les publications de la semaine dernière, si elles témoignent d’un léger rebond en mai (production industrielle à + 0.3% en mai contre -2% en avril), ne sont pas suffisantes pour permettre de croire à un rebond de l’industrie outre-Rhin (-3.7% sur un an).