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L'Italie choisit le budget du peuple

L’annonce par le gouvernement italien, jeudi soir, d’une prévision de déficit budgétaire pour 2019 à -2.4% a pris de cours les marchés lors de l’ultime journée du mois de septembre. S’apprêtant à clôturer une troisième semaine consécutive de hausse, les marchés européens ont brutalement corrigé vendredi, inquiets des conséquences d’une décision qui n’avait pas été anticipée. L’Euro Stoxx 50 clôture la semaine en baisse de -0.92%. Les informations en provenance d’Italie, depuis ces derniers jours, laissaient pourtant entrevoir une victoire de la ligne européenne portée par le ministre de l’économie,            Giovanni Tria qui s’était engagé publiquement sur un déficit de seulement -1.6%. Finalement, il semble que ce soit la ligne dure, portée par le leader du mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio qui l’ait emporté, avec son « budget du peuple » et la priorité donnée aux engagements électoraux.

Les perspectives assez fantaisistes du gouvernement sur la croissance 2019 (1.6% contre 1.2% attendue pour 2018) rendent de surcroît ce budget peu crédible. Pour autant, même si l’annonce de jeudi est une mauvaise nouvelle dans l’optique d’une réduction de la dette publique italienne (131% du PIB en 2017), le projet de déficit n’est pas un drame en soit et ne devrait pas conduire à une augmentation significative du ratio de dette publique. Ce qui est davantage regrettable, c’est que deux tiers du déficit supplémentaire soient consacrés à des mesures électorales qui n’amélioreront en rien la problématique majeure de l’économie italienne qui est son manque de productivité et qui a pour conséquence une croissance économique parmi les plus faibles de la zone euro depuis 20 ans. Dans le projet de budget 2019, ce sont ainsi plus de 30 milliards d’euros qui vont être dépensés pour augmenter les pensions de retraite (8 milliards d’euros), mettre en place le revenu citoyen (10 milliards d’euros) et empêcher l’augmentation automatique de la TVA (12 milliards d’euros).

Les 15 milliards d’euros prévus au budget pour des investissements publics supplémentaires sur 3 ans seront largement insuffisants pour redresser la productivité italienne dont plusieurs études estiment qu’elle a reculé, depuis 20 ans, d’environ 20 % par rapport aux autres pays de la zone euro.

Le feuilleton italien devrait donc malheureusement se poursuivre au cours des semaines à venir avec, au menu, la réaction attendue de la Commission européenne, une fois que les détails du budget lui seront communiqués officiellement, d’ici le 15 octobre, et surtout la réaction des agences de notation d’ici la fin du mois qui devraient sanctionner ce projet de budget. Enfin, la démission de Giovanni Tria semble être inévitable compte tenu de sa défaite à imposer un déficit limité à -1.6%. Toutefois, la pression qui a commencé à s’exercer ce week-end par la Commission européenne, par le Président de la République italienne, Sergio Mattarella, et surtout par les marchés financiers pourrait conduire le parlement italien à revoir sa copie.